LE SUJET

D'un côté des connaissances acquises grâce à une démarche scientifique et dans le but de poser des règles universelles. De l'autre, des connaissances issues de l'observation et des expériences vécues dans le but de répondre à des questions pratiques. De tout temps les partisans des deux cotés argumentent en faveur de leurs savoirs. Mais au-delà des querelles de chapelles, peut-on réellement opposer ces savoirs ? Comment acquière-t-on les connaissances que nous mobilisons tous les jours et dont nous n'avons pas forcément conscience ?

Pendant longtemps, aux yeux de la société, les savoirs inculqués de manière académique ont eu plus de valeur que ces savoirs empiriques transmis de génération en génération dans les campagnes. Il était plus noble de théoriser sur les méthodes scientifiques de la fermentation malolactique que de réaliser son vin avec " les petits trucs " hérités de nos ancêtres. Ces savoirs " savants " étaient en effet présentés comme précis, sans faille et universel. Aujourd'hui encore, on peut entendre le fameux argument de vente imparable " Prouvé scientifiquement ". Mais ne pourrait-on pas inventer la formule " Prouvé par l'expérience " ? En effet, à contrario des savoirs scientifiques si les savoirs populaires ne peuvent s'expliquer, il n'empêche qu'ils sont utilisés efficacement.

Aujourd'hui la tendance semble s'inverser. Le contexte de méfiance envers le monde scientifique (OGM, clonage, pesticides….) tend à favoriser les bonnes vieilles méthodes d'antan. Mais entre proverbe de grand-mère et pratique efficace, comment peut-on juger de la validité de ces savoirs ? Peut-on codifier ces connaissances ? A l'instar des plantes médicinales utilisées par des indiens d'Amérique du sud depuis la nuit des temps, doit-on déposer un brevet sur leurs connaissances comme le font les USA aujourd'hui ? Qui bénéficiera alors des retombées économiques de cette propriété intellectuelle ?

Finalement, au-delà de systèmes méthodologiques différents, quels réels enjeux de pouvoir se cachent-ils derrière cette opposition ?

LES INTERVENANTS

LAURENCE BERARD et PHILIPPE MARCHENAY ,
Chercheurs à l'Unité mixte de recherche Eco-anthropologie et ethnobiologie (CNRS et Muséum national d'histoire naturelle), Laurence Bérard et Philippe Marchenay dirigent le pôle " Ressources des terroirs - Cultures, usages, sociétés ", implanté à Bourg-en-Bresse, sur Alimentec. Leurs recherches portent sur la dimension ethnologique des productions agricoles et alimentaires locales. Ils travaillent sur la mise en évidence, la caractérisation et l'analyse de leur spécificité culturelle. L'accent est porté sur les savoirs, les pratiques et les représentations mis en oeuvre dans l'élaboration, la conservation, l'utilisation de ces ressources. Ces réflexions sont mises en perspective avec les procédures de réglementation concernant la protection de ces produits.
Depuis 2000, PM et LB animent au sein de ce pôle des activités d'études et de documentation, en partenariat avec les collectivités locales (Région Rhône-Alpes, Département de l'Ain et Communauté d'agglomération de Bourg-en-Bresse). Ils viennent de publier " Les produits de terroir. Entre cultures et règlements ", aux éditions du CNRS.


GUY KASTLER,
Paysan dans l'Hérault, membre de la confédération paysanne et directeur du réseau semences Paysannes et chargé de mission à Nature & Progrès, co-auteur avec Lilian Ceballos d'un récent ouvrage (octobre 2004) OGM, sécurité, santé, ce que la science révèle et qu'on ne dit pas, Nature & Progrès Editions.


FABIEN LOCHER,
Fabien Locher est agrégé de Physique et docteur en histoire des sciences. Il est chercheur associé au Service d'Histoire de l'Education depuis septembre 2003, comme chargé des enseignements scientifiques. Ses intérêts concernent essentiellement l'enseignement des sciences physiques et naturelles, dans les différents niveaux d'enseignement, au XIX ème et XX ème siècle.

Locher (F.), « L'observation météorologique dans les écoles normales d'instituteurs (1864-1878) » (à paraître dans un ouvrage collectif concernant l'histoire des écoles normales d'instituteurs, publié sous la direction de J.F. Condette).

Locher (F.), « L'histoire des enseignements scientifiques : nouveaux enjeux, nouvelles pratiques » (à paraître dans la Revue de l'Inspection Générale ).


JOELLE LE MAREC
Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Ecole Normale Supérieure, Lettres et Sciences Humaines, Lyon, Joëlle Le Marec est également responsable de l’équipe de recherche émergente 'Communication, Culture et Société'. Joelle Le Marec travaille et publie, depuis 1988, sur les usages des technologies de l’information et de la communication liées aux institutions savantes (bibliothèques, musées et expositions, universités), sur les pratiques culturelles et la circulation sociale des savoirs, dans une perspective communicationnelle.

 

Le débat sera animé par Pablo Jensen, président de l'association Mille et une Sciences.

 

POUR EN SAVOIR PLUS...

EN CLIQUANT…