LE SUJET

De l'autre côté de l'Atlantique, cela semble une évidence, alors qu'une écrasante majorité d'Européens y est hostile. Je ne parle pas de la guerre en Irak, mais des organismes manipulés génétiquement, les fameux OGM. Les deux tiers des européens n'en veulent pas et la quasi-totalité réclame une filière garantie sans OGM pour pouvoir choisir. Comment expliquer une telle différence sur un sujet qui devrait se prêter, mieux que la guerre, à une argumentation raisonnée ?
Les arguments semblent décisifs des deux côtés. Les pro-OGM peuvent s'appuyer sur une récente étude menée en Inde, qui montre que l'utilisation d'une variété de coton modifié pour secréter son propre insecticide permet d'augmenter les récoltes de 80%, tout en diminuant notablement la quantité d'insecticide épandu. Ils citeront aussi l'exemple d'un riz transgénique plus riche en vitamine A, qui laisse entrevoir une amélioration systématique de la composition des aliments, contribuant à réduire la faim dans les pays du Sud. Et l'intérêt des OGM ne se limite pas à l'agriculture : on a très récemment modifié (treize fois !) le génome de la banale bactérie de la levure du pain, pour lui faire produire en quantité une molécule importante pour la pharmacie : l'hydrocortisone. En résumé, disent les pro-OGM, on serait fou de se priver d'une telle méthode d'amélioration de la nature.

Mais les arguments des sceptiques semblent tout aussi convaincants. D'abord, les effets à long terme de ces plantes sur la santé sont mal connus. Pour le moment, on ne connaît que peu de plantes transgéniques générant des allergies, mais comment ne pas se méfier de ces plantes " trafiquées " par les savants, qui franchissent allégrement la barrière des espèces ? Comment ne pas être effrayé lorsque l'on sait que des chercheurs ont ajouté des gènes d'araignée à des chèvres pour qu'elles produisent, dans leur lait, une grande quantité de toile de " chevraignée " ? Face aux mirifiques promesses des OGM, nous avons aujourd'hui en tête les dérapages peu contrôlés des cfc ou de l'amiante, qui représentaient de séduisantes idées dans les laboratoires mais se sont révélés dangereux dans les conditions réelles d'utilisation, comportant forcément de nombreux effets imprévus. Et comme il semble impossible d'éviter une contamination des cultures sans OGM si l'on généralise les plantes modifiées, la résistance se radicalise de peur qu'il ne soit trop tard ensuite pour réagir…

Dans le doute…

Que faire alors pour progresser ? Il semblerait logique de mener des recherches, pour tester une éventuelle nocivité des OGM, mais est-on obligé d'en passer par des essais en plein champ qui contamineront les autres cultures ? Qui doit décider de l'utilité d'éventuelles recherches hors laboratoire ? Le principe de précaution peut-il nous aider ou n'est-il qu'un frein au progrès ?
Pour discuter de ces questions et (surtout) de celles qui vous intéressent, rendez-vous le 18 mars pour un café des sciences exceptionnel. On débattra avec des acteurs de premier plan, sur le plan de la biologie, de la décision démocratique dans ces domaines complexes, et bien sûr de l'action citoyenne, indispensable pour garder le contrôle de cette machine qu'est la science, belle et puissante, mais souvent prête à se vendre au plus offrant.

Pablo Jensen .


LES INTERVENANTS

Michel Callon,
sociologue des sciences, Ecole des Mines de Paris

Christian Dumas,
Biologiste, ENS Lyon et Académie des Sciences

Thierry Hardy,
Trait Development Manager / Corn & Soybean BayerCropScience SA / BioScience

Bruno Rebelle,
Directeur de Greenpeace France

Le débat sera animé par Pablo JENSEN chercheur CNRS et président de l'association Mille et une Sciences.

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