bref compte-rendu de la soirée...
Rédaction : Sébastien Buthion
"Qu'allez vous faire du temps que vous allez gagner ?" nous demandaient fin août les TCL (Transports en Commun Lyonnais), lors de leur campagne d'affichage sur la prolongation de la ligne D du métro. Bientôt, se sera au tour du tramway du SYTRAL d'inaugurer ses deux nouvelles lignes à partir de janvier 2001. Conciliant l'actualité locale avec le thème du Temps, fil conducteur de "La fête de la Science 2000", l'association Mille et Une Sciences a proposé le 19 octobre 2000 un café "Sciences et citoyens" sur les transports de demain.
Ce débat a rassemblé des chercheurs des principaux laboratoires de recherche de la région lyonnaise (INRETS, LET-ISH, LET-ENTPE) mais aussi des intervenants issus du SYTRAL et d'une association locale. Ils ont participé aux discussions avec une quarantaine de personnes présentes autour de ces quelques thèmes :
Transports à Lyon ...
Le Plan de Déplacement Urbain (PDU) effectué à Lyon a été le premier thème abordé par le public. Pierre Garnier, Directeur Général du SYTRAL, a pu nous dire de quoi il s'agissait et comment il a été élaboré. Nous avons pu apprendre que cette organisation des transports dans la ville de Lyon a été conçue pour une période de 10 ans. Une consultation des commerçants des rues les plus exposées aux changements, une étude des transports collectifs les moins coûteux et les plus pratiques, la recherche d'un équilibre entre voirie réservée à ces derniers et celle réservée aux transports individuels ... la liste des facteurs pris en compte est imposante. Le tramway (mis en service en janvier 2001) représente un investissement de 2,6 milliards de Francs pour environ un total de 20km de ligne : son coût, son utilisation et l'espace de voirie pris sur l'espace des voitures qui lui est réservé sont autant d'arguments pour l'avoir choisi. La place de la voiture en ville a été sujet à débat : faut-il céder plus de voirie aux transports en commun au détriment des transports individuels ? ceux pour qui l'usage des transports collectifs est impossible doivent-ils en pâtir ? Les discussions ont montré qu'un équilibre qui puisse satisfaire tout le monde n'est pas facile à trouver. Pour Pierre Garnier le contenu du problème pourrait être résumé comme suit : "Tout le monde préférerait une ville sans voiture mais sans avoir à laisser la sienne au garage ..."
Bien sûr, la présence de Pierre Garnier aura permis à des utilisateurs de transports collectifs lyonnais de faire entendre leurs voix (besoin de plus de ligne de nuits, zones périphériques moins bien desservies ...) ou de proposer leurs solutions (voitures de location libre service 24h/24h comme à Paris, tarifs à la baisse ...). Toute amélioration se heurte cependant souvent à un même problème : les coûts engendrés seront-ils à la hauteur des avantages obtenus ?Le coût des transports ...
Si les prises en charge publiques relatives au coût des transports collectifs sont plutôt bien connues (les usagers ne paient que 25% du coût réel), Gérard Claisse, appuyé d'Alain Bonnafous, ont précisé que les automobilistes ne prenaient pas en charge non plus la majorité des frais induits par l'usage de leur véhicule. Après avoir précisé la répartition de ces frais, le débat a pu s'orienter sur les bienfaits et les inconvénients de vouloir limiter les dépenses relatives à tout type de transports pour les utilisateurs : satisfaction des usagers mais aussi pollution, étalement urbain, gaspillage d'énergie ... Quant à la gratuité des transports en commun qui pourrait nous inciter à laisser notre voiture au garage, elle engendrerait une augmentation moyenne approximative des impôts de 1500 Fr. par foyer fiscal. Outre le fait que cette augmentation serait particulièrement impopulaire, des expériences de gratuité ont montré que cela ne suffisait pas pour changer de manière satisfaisante les habitudes des non usagers.
Le transport de marchandises ...
Quelques interventions vives du public montrent à quel point ce sujet préoccupe l'opinion public. Gérard Claisse précise que les camions présents en ville sont presque uniquement ceux destinés à livrer les commerces urbains. Même s'ils occupent 35% de la voirie, peu de solutions peuvent être envisagées pour limiter leur présence en ville ... Pour les transports inter-urbains, le public se pose la question de la faisabilité du transport de toutes les marchandises par train. La durée très courte du débat n'a pas pas permis de débattre des raisons qui empêchent la mise en place de tels procédés.Transports et consommation d'énergie ...
Claude Lamure intervient pour aller à l'encontre d'une idée préconçue. Pour lui, les transports en commun, pas toujours bien remplis, utilisent plus d'énergie pour transporter une personne qu'une voiture "bien utilisée" (en co-voiturage, par exemple). Il ne pense donc pas qu'une solution pour une meilleure circulation en ville passe uniquement par un nouveau PDU mais qu'il s'agit surtout, pour chacun, de prendre de nouvelles habitudes.Accidents de la route ...
Avec un nombre de 124 500 accidents corporels sur les routes en 1999, le bilan de la sécurité routière en France est parmi les plus lourds d'Europe. Cependant, une diminution de ce chiffre est observée chaque année sur nos routes et dans tous les pays européens (50% en moins en 25 ans). Le sujet qui a touché le plus le public est celui de la forte proportion de moins de 25 ans dans le nombre d'accidentés. Bernard Laumon confirme une des idées couramment diffusées : les filles ont moins d'accidents que les garçons. Une enquête réalisée sur des étudiants lyonnais nous apprend que les conducteurs dits "à risque" prennent aussi d'autres types de risques dans leur vie quotidienne (consommations de drogues, sports à haut risque ...) : il s'agirait donc plus d'un état d'esprit général qui se retrouve au volant. Il précise qu'il ne faut pas voir UNE cause aux accidents de la route (et donc UNE solution). Le respect des règles par le conducteur et son comportement, le véhicule et les infrastructures sont autant de facteurs à faire évoluer. Cependant, ses études montrent que le parc automobile français et le réseau routier sont satisfaisants en comparaison aux autres pays européens. Le problème français serait donc plus un problème de comportement au volant. Il rappelle enfin que le Plan de Déplacement Urbain de Lyon a également comme objectif de réduire le nombre d'accidents en ville. Jean-Claude Chausse complète ces données par quelques chiffres : 2 accidents sur 3 se déroulent dans un rayon de 15km du domicile du conducteur ; 1 accident mortel sur 3 a lieu en ville. Son association tente de faire réagir les pouvoirs publics pour un PDU qui prenne encore plus en compte ses chiffres, mais aussi les conducteurs eux-mêmes pour une prise de conscience de l'ampleur du problème.
André Chapon a également invité le public à réfléchir sur ces quelques données qu'il a étudiées : une vitesse adaptée du conducteur réduirait de 40 % le nombre d'accidents mortels ; 2 secondes d'inattention suffisent à doubler le temps de freinage d'un véhicule ; téléphoner en conduisant augmente de 50% le temps de réaction ; le non respect de l'espacement entre les voitures joue également en faveur du nombre d'accidents de la route. Si pour quelques uns de ces exemples, une répression semble à nos jours impossible, quelques solutions sont envisagées, par le biais de futures technologies "adaptatives" comme par exemple, pouvoir limiter la vitesse du véhicule en fonction de la fréquentation et l'état de la route ou l'activité du conducteur.Le véhicule du futur ...
Claude Lamure pense que, dans un futur immédiat, notre véhicule continuera à évoluer vers une consommation de carburant au kilomètre de plus en plus faible mais que cette diminution risque fort d'être amoindrie par des aménagements du véhicule qui consommeront de plus en plus (climatisation ou autres systèmes de confort). Le laboratoire de l'INRETS à Bron a vu naître dernièrement un véhicule déjà vendu au Japon et aux USA : celui-ci ne consomme plus que 3,5 litres pour 100km (basé sur un double moteur thermique et électrique). Il pense que nous pouvons imaginer une voiture qui ne consomme plus qu'un litre de carburant pour 100 km. A la question "La voiture du future pourra-t-elle se passer de pétrole ?", il répond que cela devrait être envisageable dans une trentaine d'années. De plus, comme André Chapon, il prévoit une utilisation de plus en plus courante de la télématique dans les transports ("boîte noire", freinage automatique pour une vitesse adaptée ...).L' "après débat"
Ces quelques points abordés ne sont qu'une partie des questions liées aux transports. Les discussions se sont prolongées plus directement entre certains membres du public et les intervenants après ce café "sciences et citoyens". Il est intéressant de noter que bon nombre d'autres événements traitaient du même sujet à cette même période : soirée thématique d'Arte sur "L'asphyxie des ville", semaine nationale de sensibilisation sur les accidents de la route, débat public sur la chaîne locale TLM, porte ouverte de l'INRETS à Lyon/Bron, manifestation de piétons dans le centre-ville de Lyon Cela dénoterait-il d'une prise de conscience de plus en plus importante ?
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LE SUJET
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LES INTERVENANTS
- Alain Bonnafous,
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