LE DEBAT FAIT ECOLE
La première journée nationale
d'information sur les cafés scientifiques juniors a eu lieu le
jeudi 30 mai 2002 à l'hôtel de ville de Lyon.
POURQUOI
CETTE JOURNEE ?
" La société se scientifise
mais les individus se trouvent de plus en plus dépossédés
de leurs choix " déclare Georges Charpak, Prix Nobel de
physique et initiateur de l'opération "Main à la
pâte".
Le constat est pour le moins préoccupant.
Face à la désaffection des jeunes
pour les études scientifiques, les expériences pédagogiques
se sont multipliées ces dernières années.
Les cafés scientifiques juniors partant du questionnement des
élèves peuvent (modestement) offrir une autre approche
des sciences, plus concrète, moins austère dans un cadre
convivial .
Mais favoriser le débat au lycée, c'est aussi contribuer
à la formation citoyenne des jeunes.
Dans nos sociétés où le politique est souvent déconsidéré
et où les jeunes pensent encore parfois " tous pourris ",
apprendre à débattre et à argumenter c'est aussi
participer à la défense de la démocratie.
Si l'on peut espérer que les lycéens
seront demain les grands bénéficiaires des avancées
scientifiques qui, telles les manipulations génétiques,
vont bouleverser nos vies, nul doute qu'ils seront confrontés
à de graves questions éthiques et environnementales.
Préparons-les à en débattre
intelligemment !
QUEL
INTERET POUR LES INSTITUTIONNELS ?
La science imprègne totalement notre représentation
du monde. Elle est devenue un élément incontournable de
notre culture. Malgré cela, tout se passe comme si le citoyen
ne cherchait pas à se l'approprier et à faire jouer son
esprit critique.
" Il n'y a pas de citoyenneté sans
partage des savoirs " affirme Condorcet.
La culture scientifique ne peut être réservée
aux seuls experts scientifiques. Il est nécessaire d'aller vers
une médiation, car il n'y a pas de démocratie sans approche
contradictoire et sans contrôle des citoyens sur ce qui les concerne
en premier chef.
Il faut lutter activement contre la désaffection
des jeunes pour les filières scientifiques. Les moments de rencontre
que sont les cafés, avec ceux qui font la science, ne peuvent
qu'être bénéfiques.
Voilà en quoi ces " Cafés
scientifiques " nous paraissent intéressants, dans leur
proposition d'apprentissage si ce n'est nouvelle, du moins renouvelée.
Ils proposent, dans un effort de structuration du savoir, la rencontre
avec des chercheurs et une situation de débat argumenté
et démocratique.
Sylvie Babin
Service culturel du Rectorat de l'Académie de Lyon
L'EXPERIENCE
DES CAFES JUNIORS.
les élèves parlent !
" Je pense que l'intervention de ce genre
d'événements dans les lycées peut apporter beaucoup,
que ce soit sur le plan informatif ou que cela amène une orientation
possible. Certains thèmes méritent d'être connus
de tous et l'apport d'informations des personnes ayant de l'expérience
dans le milieu (pour nous celui de la police scientifique). Le côté
orientation permet pour ma part ici d'être vraiment en contact
avec les professionnels, ce qui est bien plus bénéfique
que les journaux ou les reportages télé, et cela m'a permis
d'avoir un avant goût du métier".
José-André THINET. Elève. Lycée La Favorite
" J'ai trouvé ce café des
sciences très enrichissant et il m'a donné envie de renouveler
cette expérience. Les trois personnes qui sont venues débattre
avec nous ont indéniablement de nombreuses choses à nous
apprendre. Ils nous ont prouvé que les risques sont aujourd'hui
l'affaire de tous et qu'il est impossible, surtout pour nous habitant
de l'agglomération lyonnaise, d'ignorer leurs existences ".
Gautier SAVAJOLS. Elève. Lycée St Marc
" Le café scientifique c'est intéressant
pour tous, car à chaque personne peut convenir un sujet. C'est
intéressant de pouvoir poser toutes les questions que l'on se
pose, même s'il faut aussi laisser la parole aux autres. Sur la
police scientifique, la spontanéité des intervenants et
les imprévus ont donné beaucoup de rythme à la
discussion. Malheureusement, le trop grand nombre d'élèves
à la même table a rendu difficile la liberté de
boire et de manger gratuitement ".
Un élève. Lycée La Favorite
les enseignants
parlent !
" Le bilan avec les élèves
a montré que tous ont bien apprécié la "convivialité"
et "l'ouverture sur le monde de l'industrie" de ce type de
débat. Cela leur a permis de transposer un thème au départ
"scolaire" dans une réalité toute proche, avec
notamment les risques issus du couloir de la chimie de notre région
lyonnaise. Ils ont pu aussi relativiser les données journalistiques
et se rendre compte que même entre chercheurs différents
on a pas forcément le même avis ".
Claire Blasquez, professeur de S.V.T.
In La revue du Lycée Saint-Marc N°15, printemps 2002.
"Le café scientifique junior c'est
intéressant à cause :
1/ de la rencontre de scientifiques- chercheurs
avec des jeunes, 2/ parce que la relation est moins hiérarchisée
qu'entre enseignants- enseignés. MAIS la discussion n'a pas vraiment
eu lieu car on s'est limité au jeu des questions- réponses.
Pourquoi? Peut-être le nombre élevé de participants
(57 élèves) a-t-il rendu l'échange plus laborieux?
Peut-être parce que nos jeunes sont peu critiques par rapport
à la parole d'un "spécialiste"? Peut-être
notre préparation a-t-elle induit des questions plus orientées
vers un apport de connaissances que vers une réflexion citoyenne?
Peut-être les réponses des intervenants n'ont elles pas
toujours été suffisamment courtes et concises? Peut-être
les enseignants se sont-ils mis trop en retrait et n'ont pas ainsi dynamisé
le groupe?
MAIS de toute façon, la situation a fait naître la réflexion
et c'est donc à refaire.
D'ailleurs nous avons une proposition de déroulement: 1°
temps: échanges informels en petits groupe: un intervenant et
7 à 8 élèves pour "s'enhardir"; 2°
temps: café scientifique en grand groupe.
Collectif des professeurs du Lycée LEGTA Saint-Genis Laval
D . Bougault. M . Allibert . J . Salesse. H . Talibi
L'IMPORTANCE
DU DEBAT A L'ECOLE.
On nous a appris à réfléchir,
à nous forger une opinion. En cours, on réfléchit,
mais c'est en suivant une ligne, alors que là, c'est vraiment
pour nous, pour grandir, pour qu'on ait une autonomie ", déclarait
un élève de lycée à l'issue d'un cours d'éducation
à la citoyenneté. Académie de Strasbourg, juin
1999.
Instaurer le débat dans les classes, qu'il
soit philosophique ou scientifique, en faire un outil pédagogique,
est bien un objectif que doivent se fixer tous les enseignants, de l'école
maternelle jusqu'au lycée (technologique, professionnel et généraliste).
Il s'agit bien de mettre en place des activités
pédagogiques intégrées à l'ensemble des
disciplines enseignées pour permettre aux élèves
de construire une pensée à la fois collective et individuelle,
une pensée commune et personnelle.
Nous montrerons en quoi le débat comme
pratique pédagogique peut faciliter une meilleure compréhension
du monde et éviter l'enfermement dans le champ non fécond
des connaissances clôturées.
Dominique Sénore,
directeur de cabinet, IUFM de Lyon
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