
De l'autre côté des sondages
Lundi 14 décembre - A partir de 18h45
Café de la Cloche- 4, rue de la Charité - Lyon 2 - Métro Bellecour
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C’est un café des sciences sur le thème des sondages un peu spécial qui a été organisé en cette fin d’année. Le public a pu participer comme d’habitude à la discussion mais il est aussi intervenu par l’intermédiaire de… son vote par de petits boîtiers électroniques. Un procédé déjà utilisé auparavant par Mille et une sciences, servant de support d'expérience pour le laboratoire ICAR.
Autour du zinc du café de la Cloche, trois intervenants et une vingtaine d'auditeurs sont venus échanger sur les sondages, leurs qualités, leurs influences sur notre opinion. Pour un sujet technique, voire délicat, les esprits se sont montrés affutés, dans une ambiance décontractée. Au fil du débat donc, des questions ont été posées au public qui a pu donner son opinion sur les sondages.
Sondage, enquête...
Le public s'interroge d'abord sur la différence entre une enquête et un sondage. Pascal Ardilly¹ explique que le terme désigne un processus de collecte d’information au sens large. L’enquête peut se faire par recensement (processus exhaustif : on interroge tout le monde) et il n'y a pas d'erreur d’échantillonnage. L’enquête peut se faire par sondage, auquel cas on collecte l(information sur une partie seulement de la population, en induisant une erreur d’échantillonnage. François de Sars² précise : « le terme sondage est le raccourci de – enquête par sondage – qui comporte plusieurs étapes successives. Ainsi dans le cas d’une enquête quantitative : l’échantillonnage, la conception du questionnaire, le recueil de l’information, le traitement statistique et l’analyse des résultats ».
Sonder, c'est un métier !
Il existe de multiples techniques de recueil (téléphone, face-à-face, auto-administré postal ou en ligne…) et de multiples techniques d’échantillonnage. Dans le cas d’une enquête par téléphone, pour constituer des échantillons à interroger, l’on pourra procéder soit à partir de fichiers accessibles à tous (par exemple les annuaires des abonnés au téléphone), soit à partir de fichiers spécifiques selon la nature de l’enquête. Enquêter auprès de jeunes mères de famille primipares d’enfants de 3 à 6 mois ou auprès d’hommes possédant une tondeuse à gazon de seconde main de la marque X nécessite le recours à d’autres sources que l’annuaire téléphonique. C’est notamment ce que permettent de faire les panels consommateurs avec un bon taux de réponse dans le cas d’Ipsos (entre 20 et 50% d’acceptation). Un panel consommateurs est un ensemble d’individus qui ont donné leur accord préalable pour être interrogés plusieurs fois par an. Ainsi le panel Ipsos rassemble en France près de 450 000 foyers ou individus et près de 1,3 million dans le monde.
Rigueur et objectivité
Des traitements statistiques rigoureux sont donc capitaux (notamment dans le cas de pondérations à apporter quand l’échantillon sondé n’est pas strictement conforme à la structure de la population à interroger). Mais le libellé des questions a également une très grande importance et de nombreux biais existent : une question dont la compréhension n’est pas aisée ou une question qui peut être interprétée différemment selon la personne qui la reçoit, ou encore une question inductrice (dont le libellé tend à orienter la réponse). Pour les sondages politiques / intentions de vote, l'éthique du sondeur veut évidemment que préalablement à la question d’intention, soit validée la connaissance des candidats par les sondés. Autre exigence : que les sondés interrogés soient en capacité de voter (en leur demandant notamment s’ils sont inscrits sur les listes électorales de leur commune de résidence). Enfin, d’une manière générale, les questions doivent comporter des choix « Ne se prononce pas » ou « Ne sait pas ». Sans ces précautions, les résultats seront biaisés.
De la méfiance?
Avec tous ces garde-fous, pourquoi les sondages suscitent-ils toujours de la méfiance ? Car même s'ils sont cadrés scientifiquement et éthiquement, ils comprennent une marge d'erreur et ils restent soupçonnés de manipuler une opinion publique aux fondements mystérieux. Nicolas Hubé³ explique : « les sondages politiques servent plus aux acteurs à se positionner dans le jeu politique plutôt que, pour nous tous, de connaître les résultats possibles des élections ou la vraie popularité d'une personne ». Et si vous souhaitez tout de même vous faire un avis, il est préférable de regarder les tendances avec l’évolution des scores respectifs des candidats plutôt que des résultats à un jour J. La preuve ? Ce qui s'est passé en 2002 où peu ont vu la montée progressive du FN au premier tour de l'élection présidentielle et la perte de vitesse en parallèle du candidat du PS.
Des résultats en live...
Finalement, qu'en pense le public (averti) du café des sciences ? Quand on l'interroge sur son rapport aux sondages au début du débat, il se disait à 50% confiant et méfiant à 26%. A la fin du café, il dit son opinion plutôt dégradée à 26% et inchangée dans le positif à 33% et dans le négatif à 33%. Ce qui vaut dans le domaine du chiffre-roi, c'est en effet de garder son sens critique en se rappelant que sonder est un acte politique et économique avant d'être un acte scientifique.
Céline Gottel
¹ Pascal Ardilly, Administrateur de l’Insee
² François de Sars, DGA Ipsos Marketing France
³ Nicolas Hubé, Maître de conférences, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
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