
Citoyens, quelle recherche voulez - vous ?
Lundi 18 mai - 18h45 à 20h45
Café de la Cloche- 4, rue de la Charité - 69002 Lyon
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A l’heure de la réforme des universités et du mouvement des enseignants-chercheurs, ceux-ci se demandent quel sera l’avenir de la recherche. Mille et une sciences a proposé des pistes de réflexions avec son café débat du lundi 18 mai. L’occasion d’aborder idées reçues et sujets sensibles avec les principaux intéressés : les chercheurs.
Chacun des intervenants présents a exprimé sa vision de la recherche. Pour Marie Poix-Tétu¹, « la recherche en sémiotique est étroitement liée à sa transmission (cours aux étudiants, séminaires, etc) et à ses applications. C’est ainsi qu’elle avance. » Les chercheurs ne livrent pas de grilles d’interprétation toutes faites, ni de recettes mais changent la façon de voir le monde par leurs théories.
La recherche permet aussi de créer de nombreuses compétences. Agnès Fontvieille-Cordani², qui étudie la linguistique, considère que sa recherche est hors des sentiers de la rentabilité. Ce qui l’intéresse, c’est d’adopter une démarche scientifique pour analyser les textes et pour elle, comme pour Igor Babou³, spécialiste de la communication scientifique, la recherche, c’est avant tout la contestation d’idées reçues. Alexis Michel⁴, acteur de la médiation scientifique, pense quant à lui que la question de l’utilité de la recherche peut être une bonne question. Par exemple, les sciences humaines et sociales peuvent permettre aux politiques de s’interroger sur leurs pratiques mais aussi prendre des décisions plus éclairées. Igor Babou, rappelle quant à lui que « contrairement au mythe du chercheur isolé dans sa tour d'ivoire, les recherches sur la recherche ont montré que les scientifiques sont en lien permanent avec la société civile ».
Réunis dans la salle : deux spécialistes l'analyse des questions de sciences et société (notre photo), une linguiste et une sémioticienne. Tous chercheurs, ils sont unis dans le combat qui leur semble légitime de garder une recherche libre, proche des étudiants. (Photo: Mille et une sciences)
« Comment élaborez-vous vos programmes de travail ? »
Ce dernier justifie la longueur du processus de recherche : d’abord une volonté de connaissance, basée sur l’analyse de la littérature. Cette mise en perspective capitale permet de se poser les bonnes questions, qui vont tenir dans le temps. Jusqu’à être détrônée par une autre question. La recherche est ainsi un travail de toute une vie. Ce cheminement contraste avec celui mis en avant par Igor Babou : « Les programmes sont financés sur 3 à 4 ans. Et il y a une évaluation à mi-parcours, pour savoir si on va pouvoir toucher les fonds alloués… Et si on n’arrive pas à un résultat (publication, conférence, prototype,…), le laboratoire peut tout simplement disparaître ».
Par ailleurs, comment savoir à l’avance si un sujet va être porteur dans plusieurs années ? Beaucoup de découvertes se sont faites des années après le lancement de recherches. La physique des particules se révèle être un bon exemple :, très théorique, elle a cependant eu des impacts en imagerie médicale et elle permet notamment d’envisager l’utilisation de « hadrons » pour traiter des cancers.
Une recherche élitiste ?
« Tout le monde peut faire de la recherche, il suffit d’être suffisamment passionné… » témoigne Marie Poix-Tétu. Pour elle, il n’ya pas d’élite, et pas de « bas-peuple de la science ».
Mais comment les citoyens peuvent-ils se prononcer sur les recherches, leurs applications ? Par référendum ? Alexis Michel souligne la complexité et les limites d’une décision qui n’appartiendrait qu’au grand public et aux associations, qui peuvent mener à la mainmise des budgets par des groupes ayant des intérêts particuliers, au détriment de sciences moins à la mode. Mais l’exemple de la CRIIRAD* est, selon Igor Babou, très intéressant : « un organisme aujourd’hui officiel, né dans la contestation, en réponse à Tchernobyl ! ». Loin du vote, il s’agit là de personnes regroupées en associations, qui ont une action sur la science, par leur détermination et leur soif de connaissances. Mais pour le public du café des sciences, la science reste l’affaire d’une élite, éloignée du citoyen….
La recherche menacée ?
Les chercheurs présents déplorent les discours actuels des politiques sur la recherche : « les chercheurs sont mauvais… », vivant mal l’injonction permanente de faire de l’innovation à tout prix alors que l’Etat participe de moins en moins aux financements structurels de nombreux laboratoires. Le risque ? La disparition pure et simple de thèmes et de manières de faire moins orthodoxes. « Il faut laisser exister des recherches dont on ne sait pas ce qu’elles vont donner plus tard », plaide Igor Babou. Ouverts au débat et au mode de décision participatif, ils souhaitent simplement attirer l’attention sur le danger de vouloir tout contrôler dans la recherche. Cette liberté des scientifiques n’a-t-elle pas déjà montré son apport comme contre-pouvoir face aux lois religieuses ou diktats de toutes origines ?
Céline Gottel
¹. Chercheur en sciences du langage, ICAR3, Université Lyon 2
². Maître de conférences, Université Lyon 2
³. Maître de conférences, ENS-LSH
⁴. Directeur du CCSTI du Rhône, Université de Lyon
*. Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité
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