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Cafés 2009

 

Bioart, le vivant comme laboratoire artistique

Lundi 23 mars - 18h45 à 20h45

Café de la Cloche- 4, rue de la Charité - 69002 Lyon

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Tableaux vivants où poussent des bactéries, vestes en culture de peau, protéines fabriquées à partir d’un nom de famille : le bioart peut paraître étrange, choquant, amusant… Mais qu’y a-t-il vraiment à voir dans ces oeuvres ? C’est ce qu’a cherché à savoir le public présent au débat organisé par l’association Mille et une sciences le lundi 23 mars, dans le cadre de « Rue des sciences ».

Exit les matières premières inertes, les bio-artistes travaillent sur du vivant ! Si jusqu’à maintenant l’art était généralement perçu comme quelque chose de fixé, d’arrêté, lié aux objets. Avec le bioart, on fait face au mouvement, à des processus en cours et à des créations en devenir.
Artiste-plasticien, Mourad Messoubeur crée des sculptures et tableaux en cultures de champignons. Invité au débat, il explique au public qu’il a troqué ses pinceaux contre des légumes et compléments nutritifs pour faire pousser ses œuvres en champignons. « Je peins avec le vivant, je mets en scène des phénomènes. Je voyage dans la matière et j’apprends des choses de la vie. Je sens que c’est animé, la surface vibre, c’est curieux et un peu magique ».

(De gauche à droite) Axel Guïoux, Mourad Messoubeur et Louis-Marie Houdebine ont confrontés leurs points de vue devant le public. (Photo: Mille et une sciences)

Des techniques classiquement scientifiques
Pourtant, quoi de plus banal pour des scientifiques qu’une culture de champignons microscopiques ou qu’un lapin génétiquement modifié ? Dans son laboratoire de l’INRA, Louis-Marie Houdebine¹ crée des lapins transgéniques doté d’un gène de méduse le rendant vert fluorescent sous lumière UV. Ce marquage coloré permet aux chercheurs de visualiser et comprendre différents processus et phénomènes biologiques. En 2000, l’équipe de Louis-Marie Houdebine est approché par un artiste, Edouardo Kac, très intéressé par ces animaux verts. Il exposera en tant qu’objet d’art les photos de ces lapins fluo. « Pour nous scientifiques, ces animaux de laboratoire ne sont en aucun cas des œuvres artistiques, mais des outils de recherche plutôt ordinaires » raconte le chercheur. Pourtant, quel choc pour le public qui a découvert les photos de ces lapins verts fluo !
Pourquoi ? A quel moment l’outil de laboratoire banal devient-il un objet d’art étonnant ? Selon le troisième intervenant, Axel Guïoux², « dès lors que l’artiste se le réapproprie et nous le dévoile comme quelque chose de bizarre, d’étrange. L’artiste, en porte-parole, révèle et montre ce qui était caché ». L’idée étant de rompre les évidences et d’interpeller le monde sur des phénomènes qui peuvent paraître évident pour certains.

Une autre idée du monde
En réinterprétant les sciences du vivant, les bio-artistes se questionnent sur le sens du monde. Quand l’artiste Stelarc projette de se faire greffer une oreille sur l’avant bras, il produit une réalité différente, amenant à s’interroger sur notre représentation du corps. « De même, lorsque Marion Laval-Jeantet s’injecte dans le sang des cellules de panda, elle soulève des questions sur la distinction homme / animal, sur les phénomènes d’hybridation et la possibilité d’ainsi produire un autre » poursuit Axel Guïoux. Stelarc toujours, en se greffant une troisième main mécanique qu’il considérait comme partie intégrante de lui, nous renvoie à l’idée d’un homme faisant corps avec des objets : main artificielle, lunettes, vêtement, voiture… Il nous offre une vision de l’homme de demain qui  peut être sera transformé, modifié, intégrant des objets pour ne faire qu’un avec lui.
Mais au nom de son exploration du monde du vivant, le bio-artiste peut il prendre toutes les libertés ? « En tant que scientifique, nous n’avons pas le droit de tout faire dans nos manipulations du vivant » explique Louis-Marie Houdebine. « Nous sommes soumis à des réglementations et à un code d’éthique qui impose des limites en fonction du degré de mal être animal en regard du bénéfice pour l’homme. S’agissant de bioart, je ne crois pas qu’une quelconque augmentation du mal être animal soit acceptable ». Et le public de clôturer le débat sur cette interrogation : Les bioarts touchant au vivant, ne devraient-ils pas être encadrés comme le sont les sciences ?

Fanny Blondin

 

¹. Directeur de recherche honoraire en Biologie du développement à l’Institut National de Recherches Agroalimentaire
². Maître de conférences en anthropologie, Université Lyon 2

 

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