
Les routes de l'agro-alimentaire
Consommer local ou mondial ?
Lundi 12 janvier - 18h45 à 20h45 - Café de la Cloche
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Consommer local peut-il être une solution économiquement et écologiquement durable ? Une question à laquelle le débat, organisé par Mille et une sciences, le 12 janvier dernier, a tenté de répondre.
Les intervenants du café-débat de Mille et une sciences ont répondus à toutes les questions du public.De gauche à droite: Christian Berthe, Charles Raux, Luc Demarest (Photo: A. Montagne)
Luc Demarest est paysan-producteur à Savigny (Rhône) et membre d’Alliance-Paysans-Ecologistes-Consommateurs. De la vente de son lait en coopérative à la distribution directe sur les marchés, il a multiplié son prix de vente par trois (soit 90 cts/l), sauvant ainsi son exploitation. Pour lui, il faut mettre en relation les producteurs et les consommateurs au maximum, ceci afin que les producteurs vivent mieux et que le consommateur soit assuré de la qualité de ce qu’il consomme. Telle était l’entrée en matière du café « Sciences et Citoyens » de janvier au Café de la Cloche.
Mais entre le producteur local et la grande distribution, il peut aussi y avoir les marchés de gros, comme celui de Lyon-Corbas, que son président¹, Christian Berthe, a pu présenter au public présent : 2ème marché en France après Rungis avec 20 grossistes et 60 producteurs, 300 000 tonnes de denrées alimentaires… A Corbas, « les produits viennent de 3 à 3000 km ». Autant dire, de partout dans le monde.
Pas de grossiste, pas de choix…
Pour Christian Berthe, le marché de gros qui s’approvisionne loin est garant de la diversité. Ainsi, une centaine de pommes différentes peuvent être achetées à Lyon-Corbas, ainsi que des tomates de toutes provenances, plus ou moins chères (de 50 cts à 3,50 €/kg). Face aux attaques qui font des intermédiaires les fautifs des prix hauts, il rappelle qu’il y a 30 ans, il y avait plus d’intermédiaires dans cette chaîne sans que cela ne pose de problème. La conjoncture serait donc responsable.
Alors qu’il existe des écarts de prix d’un marché ou d’un magasin à l’autre, peut-on se faire une idée fiable des mécanismes qui forment le prix d’un produit ?
Un coût d’acheminement faible
Charles Raux, directeur du LET² également présent au débat, souligne que: « le coût du transport est peu de chose en comparaison du prix au kilo (quelques centimes d’euro). Et ce, même avec l’augmentation prévue des coûts du transport due aux taxes sur les gaz à effet de serre (GES) ». Et si, au moins, consommer local polluait peu ? Là encore, halte aux idées reçues ! On réalise en se penchant sur la quantité de GES émis pour la production et la distribution d’agneau, que la viande produite et distribuée en Angleterre produit plus de GES que celle venue de Nouvelle-Zélande en Angleterre…
Une trentaine de personnes sont venus participer aux débats. (Photo: A. Montagne)
La qualité en circuit court
Beaucoup des produits alimentaires de nos marchés locaux viennent en fait de loin. « Des framboises d’aussi bonne qualité que les nôtres viennent des pays de l’Est, sous forme congelée, à destination de la pâtisserie ou de la transformation » souligne Cécile Praly³. Par ailleurs, définir la qualité des aliments n’est pas aisé. « Il y a des critères sanitaires, de calibre, organoleptiques (odeur, saveur, aspect…) » rappelle la scientifique. Pour elle, la grande distribution manque de savoir-faire, par rapport aux grossistes, en particulier pour conserver la qualité des fruits et légumes frais.
En admettant que consommer local ou régional est un bon choix global, la question de savoir si l’agglomération serait auto-suffisante pour l’alimentation est posée par le public.
Trop peu de paysans
En Rhône-Alpes, 24 % des producteurs vendent directement au consommateur une partie de leur production. Mais il semblerait qu’il n’y ait pas assez de producteurs, même si la région a les capacités de produire. Pour preuve, les AMAP⁴ ne trouvent pas assez d’agriculteurs. Car s’installer aujourd’hui sans le foncier ni le soutien familial est pratiquement impossible. Les prix auraient donc tendance à augmenter fortement si on ne consommait qu’en local, à cause du prix du foncier notamment. Consommer local serait donc consommer « luxe ». Facile à croire, au vu du prix des fraises « gariguettes » en comparaison de celles de Hollande…
Pour Cécile Praly, il y aurait plus de monde dans les champs si les conditions sociales étaient meilleures. Sa conclusion est que, hormis les AMAP, existent plusieurs circuits courts, comme les coopératives, les marchés de producteurs, les magasins de producteurs… De nouveaux partenariats prometteurs voient le jour, entre la grande distribution et des producteurs locaux. Avec cet éventail large de circuits courts, on favorise la qualité avec un coût environnemental et social réduit. La solution serait donc un équilibre à trouver, entre circuit long et circuit court. Et la réponse est entre les mains des consommateurs.
Céline Gottel
¹. Président de l’Association Syndicale Libre, gérant le marché de gros Lyon-Corbas
². Laboratoire d’Economie des Transports, à l’ISH de Lyon
³. Enseignante-chercheure à l’ISARA, à Lyon
⁴. Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne.
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